Le secrétariat d’Etat à l’économie numérique va t-il disparaitre ?

Peut être vous souvenez-vous, il y a quelques mois, des questions que je me posais sur le rôle de Nathalie Kosciusko-Morizet au sein de son secrétariat d’Etat à l’économie numérique, c’était certes un peu violent, mais l’histoire me donne raison et c’est loin de me faire plaisir. La conjoncture actuelle m’invite à revenir sur le bilan de NKM (ca va être rapide) et sur le devenir de son secrétariat d’Etat qu’elle chercherait actuellement à quitter, et ça aussi on va tenter de comprendre pourquoi.

Commençons par le bilan : craintes confirmées, NKM a brillé par son absence systématique de tous les débats sur lesquels les internautes attendaient de sa part des propositions concrètes pour endiguer les ardeurs d’une frange minoritaire du Parlement qui compte mettre Internet sous le coup de lois martiales comme HADOPI ou LOPPSI. NKM a également été totalement absente sur le déploiement du très haut débit ou sur les débats sur le registre général d’interopérabilité (RGI) qui visait entre autres à standardiser les formats ouverts d’Open Office pour les administrations dans le cadre du plan de modernisation de l’Etat… là encore … rien… Côté ACTA, c’est encore pire, pas un mot, mais là me direz vous c’est normal puis que c’est plutôt du côté de l’Union européenne que ça se passe… Oui enfin n’empêche que Mme Gallo fait bien partie de la même majorité que NKM et c’est bien elle qui defend bec et ongle la ligne la plus dure de l’ACTA, elle est donc bien placée pour aller expliquer que la dictature du copyright sur Internet c’est le meilleur moyen de le tuer.

Conclusion sur ce bilan : NKM a échoué sur LE point qui pourri l’internet, LE seul qu’on lui demandait de régler, celui qui est la cause de la riposte graduée, de la politique stupide de repression coûteuse et n’apportant strictement rien aux artistes, cette même politique qui instaure le filtrage et le blocage des sites … un échec total … sur toute la ligne. NKM n’aura pas pu éviter que le gouvernement s’oriente vers une société de surveillance et de répression.

NKM nous aura laissé un Net à feu et à sang en nous baladant avec sa risible consultation sur le droit à l’oubli numérique et ses conclusions sur la Net Neutrality au colloque de l’ARCEP qui invitent tout simplement au DPI, le deep packet inspection, la forme de filtrage la plus odieuse, intrusive et irrespectueuse de la vie privée  (le coup de l’octet légal, désolé mais je le digère toujours pas), chose qu’elle se défendait d’envisager. Oui je suis déçu et c’est peu de le dire. Surtout qu’on l’a senti venir de loin.

Les 4,5 milliards qu’elle a récupéré sur le grand emprunt pour le Numérique sont son seul fait d’arme… mais dés qu’on regarde d’un peu plus près, on se rend compte que d’une part avec la crise, il y a des chances que ce budget soit revu à la baisse, et que de toutes manières, ils représentent 15% du montant qu’il faudrait pour déployer la fibre optique.

Du coup, c’est sur Hack45 qu’un bon coup de pied dans le cocotier a été donné initialement. On y découvre 3 hypothèses sur le devenir du secrétariat d’Etat à l’économie Numérique … et ça fait froid dans le dos :

Hypthèse 1 (on peut toujours rêver) : il va se transformer en ministère du numérique, dans lequel le Ministre sera saisi des dossiers que Nicolas Sarkozy a pris l’habitude de faire voter sous la menace (Comme HADOPI ou LOPPSI) à un mariais de godillots, en leur demandant de voter aveuglément un texte d’une inconsistance et d’une stupidité rare. On imagine alors une république parfaite, dans laquelle les responsables politiques s’impliquent dans le mandat qui leur a été confié… et font leur travail correctement car on leur en donne les moyens.

Hypothèse 2 (la plus plausible) : on ne touche pas au secrétariat d’Etat et on trouve un autre pantin que l’on pourra agiter devant les Geeks, en gardant une bonne vielle habitude : celle de ne lui confier aucun des dossiers qui affairent pourtant directement à la fonction, en lui demandant en plus de se taire ! Bref on ne change rien du tout. Si cette solution venait à être choisie, il n’y a pas grand monde à droite pour assurer cette fonction … mon petit doigt me dit qu’ils sont en fait deux en liste et je ne vous citerai pour le moment qu’un seul nom, celui de Laure de la Raudière, député de la 3e circonscription d’Eure-et-Loir qu’on aurait vraiment aimé voir prendre part un peu plus aux débats sur lesquelles elle avait, comme les autres députés de la majorité présidentielle, consigne de voter aveuglément (et oui je parle bien d’HADOPI). Toujours est-il que s’il y a bien une personne capable de briguer ce poste ou celui évoqué au dessus dans l’hypothèse 1 … c’est bien elle. Mais dans le cadre de cette seconde hypothèse, j’y réfléchirai à deux fois à sa place. Soit elle assurera un rôle volontariste et impliqué parce qu’on lui en donne les moyens. Soit elle se retrouvera cantonnée à jouer la NKM 2 pour servir un peu plus la politique présidentielle susurrée par les lobby, ce qui serait indécent quand on connait la pertinence de Laure de la Raudière et sa compétence indiscutable sur les questions du numérique.

Hypothèse 3 : (très certainement la pire et malheureusement très plausible également) diluer ce secrétariat d’Etat à la faveur de deux ministères :

  • Le ministère de l’Industrie et l’expert Christian Estrosi (c’est un expert, à n’en pas douter : demandez aux niçois combien d’années d’avance ils ont sur cette niche très prisée des caméras numériques de flicage de la population … pardon, de « video-protection »)
  • Le ministère de la culture : si la présidence cherche un bon pantin bien inutile, avec assez de casseroles aux fesses pour être tenu en respect, et surtout ne disposant pas des connexions synaptiques nécessaires pour mener une réflexion et conduire des actions pour stimuler l’économie numérique, il est vrai que le ministère de la culture a déjà fait ses preuves, Nicolas Sarkozy n’aura aucun mal à imposer l’absurde pour servir d’autres cadeaux indécents à l’industrie du disque ou à placer l’internet français sous le coup de la censure du CSA (une idée initialement véhiculée par l’intarissable Frédéric Lefèbvre et qui continue à faire son chemin dans une certaine classe politique nostalgique de l’ORTF).

Si la nomination de Laure de la Raudière me réjouirait, c’est vrai qu’elle a de quoi s’inquiéter de la marge de manoeuvre que l’Elysée lui laissera, et comme je le disais en parlant de NKM, si c’est pour avoir la consigne de se taire systématiquement sur tous les dossiers chauds qui touchent au numérique, ce n’est même pas la peine d’accepter ce poste.

Si c’est la 3e hypothèse qui se confirme, il y a de grandes chances pour que la situation dégénère, tant du côté des internautes que des professionnels qui n’accepteraient pas de se trouver sous la houlette technocrate et parfaitement e-gnarde du ministère de l’Industrie, ou sous la coupe non moins e-gnarde de celle du Ministère de la culture.

Les rumeurs font état d’une volonté de NKM de quitter ce poste. Il faut dire que l’Elysée ne l’a pas gâté en envoyant au front une Christine Albanel en perdition dans un hémicycle où elle a été raillée tant de ses confrères que des internautes. Nkm, elle, avait consigne de se taire, et parfois c’est intenable. je demeure convaincu que c’est une femme très compétente et je lui souhaite d’exprimer ses talents à un poste où elle en aura le droit… malgré ma lourde déception.

En attendant de savoir qui sera nommé ministre du minitel … ACTA la Vista NKM.

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