Affaire Tsarnaev : la surveillance de masse des citoyens américains révélée par un ex-agent du FBI

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catchlonVoici une information qui risque d’avoir l’effet d’une petite bombe, aux USA, et probablement ailleurs. Sur Reflets comme sur ce blog, nous avons souvent pointé du doigt de « grandes démocraties » qui font un usage immodéré des technologies de surveillance de masse. D’une certaine manière, l’usage de ces technologies est un excellent baromètre des dérives de certains pays. Et en matière de dérive, les USA sont définitivement champions du monde.

Ca se passe mercredi dernier sur CNN, Erin Burnett reçoit Tim Clemente, un ancien agent du FBI pour aborder les méthodes d’investigations qui ont conduit à l’arrestation de Tamerlan Tsarnaev dans le cadre de l’enquête des services américains sur le récent attentat du marathon de Boston. Les autorités américaines s’intéressent alors aux conversations téléphoniques entre Katherine Russell, la veuve du suspect décédé, et Tamerlan Tsarnaev. Quand Erin Burnet demande à Tim Clemente si les enquêteurs seraient en mesure de mettre la main sur ces conversations, Tim Clemente est catégorique : oui, les autorités ont bien la possibilité d’accéder à ces conversations !

Tamerlan Tsarnaev faisait il l’objet d’une attention spécifique qui aurait conduit les autorités à le placer sur écoute ? Non ! L’explication de Tim Clemente est simple : TOUTES les conversations des citoyens américains sont enregistrées, archivées, et indexées dans une gigantesque base de données à laquelle les autorités peuvent accéder dans le cadre d’enquêtes sur des questions de sécurité nationale. Tim Clemente prévient cependant que ces conversations ne seront probablement présentées comme pièces à conviction devant le tribunal mais qu’elles permettront sans doute aux enquêteurs de comprendre tous les détails de l’affaire.

BURNETT: « So they can actually get that? People are saying, look, that is incredible.

CLEMENTE: « No, welcome to America. All of that stuff is being captured as we speak whether we know it or like it or not. »

Pas besoin de l’autorisation d’un juge, ces enregistrements sont systématiques, pour toutes les communications. Et il ne s’agit évidemment pas que des communications téléphoniques… nous parlons ici de toutes les communications électroniques des américains, de quoi faire froid dans le dos quand on se rend compte que même en France, les services de messagerie les plus utilisés sont… américains.

Reçu le lendemain par Carol Costello, toujours sur CNN, Tim Clemente enfonce le clou en confirmant ses dires : il n’y a aucune communication numérique sécurisée, tout est intercepté, email, chat, recherches…

Le Guardian rappelle que ce n’est pas la première fois que de fortes suspicions planent. En 2010, Mark Klein, un ancien ingénieur d’AT&T avait révélé au Washington Post comment AT&T avait mis en place un dispositif d’interceptions massives et globales, avec un accès complet aux interceptions donné à la NSA. Et les chiffres font mal au crâne :

Every day, collection systems at the National Security Agency intercept and store 1.7 billion e-mails, phone calls and other types of communications.

1,7 milliard de communications sont enregistrées quotidiennement. Techniquement le dispositif consiste en une installation spéciale, dans un bâtiment situé non loin du coeur des installations d’AT&T. La technologie, vous la connaissez évidemment tous si vous suivez Reflets ou ce blog, il s’agit bien de Deep Packet Inspection pour l’analyse de contenus, avec des sondes développées par Narus, un concurrent direct de nos amis de Qosmos.

Le Guardian nous rappelle également que William Binney, un ancien agent de la NSA avait démissionné de l’agence pour protester contre cette surveillance de masse. Car les abus sont visiblement légion. Le programme Total Information Awareness que le Pentagone avait tenté de mettre en place en 2002, suite aux attentats du 11 septembre, avait profondément choqué l’opinion. Ce dernier est finalement revenu par la petite porte.

Enfin si vous êtes utilisateurs de Blackberry, sachez que la NSA a clairement accès à l’ensemble de vos conversations qui sont systématiquement archivées. Il n’est pas non plus déraisonnable de penser que les iPhone d’Apple sont de véritables SpyPhones et que les services américains accèdent à de nombreuses données personnelles de ses utilisateurs… et oui, Android aussi.

Allons un peu plus loin maintenant. En France, le pays des droits de l’homme, ce genre d’interception systématique serait parfaitement illégal. Du moins ce qui est illégal c’est de le faire soi même. Mais dans quelle mesure les services français demandent à leurs homologues américains l’accès à des données personnelles de français… ont ils seulement besoin de les demander ou accèdent ils naturellement à ces données via un réseau de « coopération » mis en place conjointement par les services français et américains ?

Bienvenu dans le 21e siècle, le siècle qui relègue Orwell au rang de bisounours.

Thx @antoine_bdx pour l’info.

 

16 Comments

on “Affaire Tsarnaev : la surveillance de masse des citoyens américains révélée par un ex-agent du FBI
16 Comments on “Affaire Tsarnaev : la surveillance de masse des citoyens américains révélée par un ex-agent du FBI
  1. Ca fait peur, non ? Ca me rappelle un article de Jean Marc Manach, où le thème de cette surveillance globale aux USA était déjà abordé. Côté français, on peut se poser des questions. Pas sûr (du tout) qu’ils aient besoin de consulter les bases américaines.

  2. C’est une histoire très très sérieuse.

    Contrairement aux mesures qui sont décrites, j’espère qu’elle ne sera pas condamnée à sortir par la petite porte de l’impact médiatique.

    • C’est effectivement très sérieux et je pense que nos députés devraient suivre avec attention cette affaire car elle aura un jour ou l’autre des répercutions en France.

      • Ca fait 1700 Tera octets de données par jour.
        A mon avis, ils ne doivent pas stocker les bandes très longtemps à ce rythme sans faire de tri.

        bluetouff : Ce gars ne ferait pas plutôt une opération de communication. Je veux dire, Gmail, Facebook, ok ils peut aller fouiller dedans. Mais la personne qui veut faire passer un message codé, elle s’en fout un peu de ce type d’écoute. Une message codé dans une petite annonce et voila!

  3. Il faudrait quand même un peu plus que des témoins en mode « c’est nous qui avons la plus grosse » pour croire ce genre de propos sur parole. Un début de où (oui les us peuvent stocker tout ça mais pas dans une boîte à chaussure) et comment (DPI ? une solution centrale? agglomerat d’outils ? ) ça ferait déjà plus sérieux.

    Le sensationnalisme (des journalistes source), ça ne fait pas avancer le sujet.

    • Et bien moi, très franchement, même si ça me semble gros, j’ai vraiment tendance à croire à la véracité de ces propos. Et là, pas question de sensationnalisme pour ma part. Ca fait plus de 4 ans maintenant que je m’intéresse à ça, j’ai même très clairement identifié des acteurs et pas que les entreprise qui font du DPI mais toute la filière… des gens bien plus discrets que Narus ou Qosmos… genre Reservoir… je vous laisse chercher.
      Evidemment, pas une boite à chaussure mais plusieurs datacenters dédiés, comme expliqué dans l’article, dont un tout près du core network de AT&T.
      - Du DPI : oui, évidemment
      - Une solution centrale : non je n’y crois pas car des réseaux trop hétérogènes
      - Agglomérat d’outils : oui certainement, mais avec un point de centralisation, la base de données

      Pour information j’avais déjà causé il y a quelques années d’un projet de loi au Canada obligeant les FAI à avoir une infra pas trop décentralisée… :

      • Je ne doute pas de l’existence de tous les moyens nécessaires. Après tout, de nos jours l’humanité a largement de quoi vivre dans les étoiles alors Big Brother c’est du pipeau à coté.

        Seulement même si on a les moyens, on ne les réalise pas forcément (ie. On n’a pas essaimé la galaxie). Donc je m’interroge, comme Patos plus bas, sur la part de bluff.

        Après tout, il y a 30 ans, en pleine guerre froide, un agent du FBI aurait pu dire strictement la même chose (et d’ailleurs certains l’ont sans doute fait) sans que ce soit vrai le moins du monde.

        Donc, oui, ils peuvent le faire. Mais le font-ils vraiment ?

  4. Je pense qu’il y a du vrai mais également une part de bluff dans ces propos : les USA disposent probablement de moyens de surveillance très poussés de leurs citoyens, mais plus important encore, les citoyens doivent se sentir/savoir surveillés. Expliquer à tous que oui tout ce que vous faites est épié est un bon moyen de les dissuader de faire des bêtises.

    « Big brother is watching you, even if it’s not true »

  5. il y a certainement une part de bluff

    tous les protocoles , appareils et réseaux ne sont pas si simples, si accessible, si unifiés.

    Mais dans les grandes lignes, DPI est classique, courant, et les stockages de l’ordre du peta sont tout à fait raisonnable et possible.

    Qu’ils puissent avoir des mois d’archives de nombres incroyables de communications ne m’étonne pas.

    C’est technologiquement abordable pour un Etat qui s’en donne les moyens.

  6. La foi n’a rien à faire dans cette affaire…
    Les US en sont techniquement capables et vu leurs manières de faire, je ne vois pas pourquoi ils s’en priveraient.
    Et puisque les Américains et les autres nous écoutent, je propose un troll mondial pour les rendre fous à lier….

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