HADOPI : Patrick Zelnik et Rémi Bouton, un point de vue comme un autre mais une piètre argumentation

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Hier, dans le Monde, est paru un papier co-signé de Patrick Zelnik et Rémi Bouton. Une fois de plus, des lobbystes parlent au nom des artistes, c’est quelque chose d’assez récurent en ce moment de voir des producteurs qui touchent 80% du produit de la vente d’un fichier mp3 prendre la défense des pauvres artistes qui en touchent même pas 20… ils sont bien placés pour savoir à quel point ces artistes manquent de financement. Nous allons donc prendre le temps de répondre avec des faits objectifs.

« Au moment précis où la droite et la gauche, ensemble, dénoncent l’ultralibéralisme et la déréglementation, et préconisent d’une même voix la régulation du marché, certains intellectuels (de gauche ?), économistes, politiciens s’acharnent contre le projet de loi, qu’ils qualifient de répressif et liberticide »

Rassurez vous, à droite ou encore à droite, au centre comme à gauche, les lois liberticides (oui LIBERTICIDE, Constitution article 13 entre autres) ne sont jamais très appréciées. La loi Création et Internet fait jaser tous bords confondus, quelques recherches et un minimum de suivit des débats de l’Assemblée Nationale auraient attiré votre attention là dessus … et vous auraient évité de tomber dés le premier paragraphe dans une grotesque caricature.

Effrayante, cette démagogie ignore en bloc le fonctionnement de l’économie de la musique, le système de rémunération des auteurs et des artistes, ou la problématique d’investissement des éditeurs et des producteurs
Tout de suite les grands mots… Qu’y a t-il de plus effrayant ? Proposer un système de rémunération qui profite aux artistes ou camper sur la commercialisation de galettes que tout le monde sait mortes (une mort que vous avez précipité à coup de DRM). Oui la filière disque, telle que vous la connaissez aujourd’hui est appelée à s’éteindre, désolé de vous le dire aussi brutalement, mais les artistes l’ont compris, la musique dématérialisée, légale ou pas, aura raison de la filière disque… imprimerie, moines copistes, tout ça … je n’insulterai pas votre intelligence en vous disant que vous n’avez pas compris ceci depuis 10 ans, je sais que c’est faux. Votre plus grosse peur est de ne plus pouvoir vous placer en intermédiaire entre les artistes et leur public, rassurez vous … cette peur est légitime ! Il va être de plus en plus dur de justifier votre position, c’est moche mais c’est comme ça, la mort c’est toujours moche et pourtant elle est inéluctable, comme la disparition de milliers d’emplois dans la filière disque… il n’y a que Pascal Nègre pour penser que ça va prendre 30 ans, mais vous et moi savons très bien que ça n’en prendra même pas un tiers. Oui perdre des centaines d’emplois, c’est triste, mais vous ne pourrez pas l’éviter au détriment du net qui en crée par milliers chaque années. Et si vous ne vouslez pas les perdre, adaptez les à l’ère numérique, toutes les professions l’ont fait, pourquoi pas vous ?

en espérant que des « business models » émergent sur les ruines et qu’en attendant, auteurs et artistes interprètes puissent vivre de leurs économies…

Il y a une douzaine d’années, je travaillais pour un distributeur, nous avions mis en garde les majors (Universal notamment) que l’horloge tournait, nous leur avions aussi expliqué que la fermeture de Napster ne marquait que le prélude d’une bataille qu’elles ne pouvaient pas gagner (satanée GPL). Des tentatives de plate-formes de vente en ligne lancées par les majors (Universal et Sony principalement) n’ont fait que reproduire les erreurs commises en points de vente (hors de question de mélanger les catalogues, prix excessif, utilisation de formats numériques propriétaires … un festival de tout ce qu’il ne fallait surtout pas faire pour établir une position dominante). Le bilan, c’est les flops à répétitions que nous avons connu jusque là pendant que l’offre p2p prospérait : le MP3 plébiscité, des moteurs de recherche qui se fichent de savoir qui a produit les titres, un catalogue mondial qui ne connaît nulle chronologie des médias, accessible moyennant un niveau technique proche du néant… et le tout en utilisant une architecture légère mettant à contribution les internautes pour alléger le coût de fonctionnement … pwn3d !
Le « business model », comme vous dites, ça fait bientôt 15 ans qu’il est écrit noir sur blanc, libre à vous de ne pas vouloir y jeter un œil, c’est dommage car c’est assez intéressant pourtant. Souvent, on a tendance a analyser le pourquoi du comment d’un succès, la filière disque a toujours refusé de le faire s’arrêtant à la « gratuité », c’est triste pour les artistes que vous représentez.
Ces ruines ne sont que le fruit de votre obstination à détruire toute initiative de progrès, nous l’avons vu avec l’arrivée des radios, des K7 audio, des graveurs de cd … nous commençons à avoir l’habitude de vos jérémiades. Vous pointez du doigt des problèmes sans apporter de solution, tout simplement parce que vous êtes le problème messieurs.

Une attitude responsable consiste à soutenir ce projet de loi en tant que première étape nécessaire à la construction d’une politique culturelle numérique audacieuse.
Une étape préalable est de proposer un projet de loi qui ne soit pas

  • Anticonstitutionnel ;
  • Inapplicable ;
  • Inconsistant et inutile pour les créateurs qu’il prétend défendre ;
  • Liberticide ;
  • Édicté par des lobbystes sans prendre en compte les 99% de la population qui la subiront ;
  • Ignorant du droit européen ;
  • Ignorant de la logique économique ;
  • Ignorant de 90% des artistes qu’il prétend défendre.

… la classe quoi.

Que la France se déchire autour d’un texte de loi, sous l’œil intéressé des nations du monde entier, qui cherchent elles aussi une réponse à cette révolution numérique, pourrait avoir un avantage : celui de construire le débat.

En un mot … lol ! En plusieurs : non la France ne se déchirera pas pour vous messieurs, il faut arrêter de vous prendre pour le centre de l’univers, les français ont des problèmes bien plus sérieux que vos petites misères … et parlons un peu de l’œil « intéressé » de nos amis étrangers sur la Loi Création et Internet, il y a beaucoup à dire :

Brigitte Zypries, Ministre allemande de la justice : « Je ne pense pas que (la Riposte Graduée) soit un schéma applicable à l’Allemagne ou même à l’Europe. Empêcher quelqu’un d’accéder à Internet me semble être une sanction complètement déraisonnable. Ce serait hautement problématique d’un point de vue à la fois constitutionnel et politique. Je suis sûre qu’une fois que les premières déconnections se produiront en France, nous entendrons le tollé jusqu’à Berlin. ».

Le Ministre de la Culture Lena Adelsohn Liljeroth et le Ministre de la Justice Beatrice Ask :
“La proposition dans le rapport Renfors de donner aux FAI le droit et l’obligation de couper les abonnements à internet des internautes dont la connexion a été utilisée de façon répétée pour des violations du copyright a été fortement critiquée. Beaucoup ont noté que la coupure d’un abonnement à Internet est un sanction aux effets puissants qui pourrait avoir des répercussions graves dans une société où l’accès à internet est un droit impératif pour l’inclusion sociale. Le gouvernement a donc décidé de ne pas suivre cette proposition.”
(…)
les lois sur le copyright ne doivent pas être utilisées pour défendre de vieux modèles commerciaux

Ou le ministre britannique en charge de la propriété intellectuelle qui taille lui aussi un costard sur mesure au projet de loi Création et Internet …

Pw3nd combo !

On ajoute à ça l’abandon d’un projet similaire en Nouvelle Zélande

… et il nous reste un coq qui piaille les deux pieds dedans : la France … on peut être fiers, aucun doute là dessus, vous avez bien fait de nous le faire remarquer… Oh que oui, le monde nous regarde… y’a des jours comme ça on a envie de porter une cagoule !

Malheureusement celui-ci se limite à quelques préjugés anti-show-business en ignorant – ou feignant d’ignorer – les métiers de la musique et du cinéma. Les entrepreneurs culturels, qui investissent leur capital personnel et prennent des risques ne pourront survivre sans un retour sur investissement. Le risque est la justification morale du profit, le contraire de l’argent facile.

C’est amusant, j’avais pas l’impression jusque là que seuls ces métiers nécessitaient de la part des entrepreneurs un investissement sur leur capital personnel et une prise de risque. Par exemple, moi je suis Net entrepreneur, et figurez vous que j’ai les mêmes problèmes que vous, je prends des risques et je ne peux pas survivre sans un retour sur investissement… C’est moi où vous découvrez ce qu’est le métier d’entrepreneur ?

Les internautes se trompent de cible : ce sont les « tuyaux » qui s’enrichissent, aux dépens des artistes et des producteurs.

Pourquoi diable ne pas vous arranger avec eux pour trouver un mode de rémunération et foutre la paix aux internautes, qui, chez les téléchargeurs, sont tout à fait prêts à contribuer financièrement à la création : demandez à tous ceux qui payent une vingtaine d’euros par mois pour accéder aux newsgroups … vous croyez qu’il ne préféreraient pas vous filer cette somme somme au lieu de la payer à des sociétés américaines ?

La régulation du Net est incontournable, sauf à considérer que tout produit qui peut se numériser, se copier et s’échanger deviendrait de fait gratuit.

Vous vous égarez là, la gratuité est un modèle, mais ce n’est pas du tout le seul modèle, en tout cas ce n’est pas du tout celui que les internautes vous proposent. Vous parlez de régulation d’un environnement que vous ne connaissez pas, vous allez réguler du sable dans le Sahara en vous y prenant de cette manière et en insultant l’intelligence des internautes qui sont aussi vos clients. Régulez vos clients, régulez leur espace et vous courrez à votre perte, un peu plus vite encore. Si le Net avait besoin de régulation, ce serait sur des choses sérieuses comme la protection de l’enfance et les risques sanitaires, sûrement pas de sur la « régulation du téléchargement de mp3 à la petite semaine »…

Au-delà de la musique et du cinéma, les services par abonnement des télévisions payantes ou de vidéos à la demande disparaîtraient également.
Ne comparez pas l’industrie de l’image à la vôtre, c’est très maladroit et ça les fâche en plus, il n’aiment pas vraiment que le disque soit comparé à leur industrie : « ces cons du disque » comme ils disent…

Personne ne souhaiterait aujourd’hui revenir au temps où les voitures pouvaient traverser les villages à 100 à l’heure et où les passants n’avaient qu’à se pousser.

Personne n’a non plus l’envie de revenir à la calèche …

Il faudra du temps, nous en sommes conscients, pour trouver un consensus sociétal sur la musique comme il en a fallu sur les comportements routiers.

Franchement, vous croyez pas qu’il y a des choses plus importantes que la musique niveau consensus sociétal ?

Mais il est urgent d’agir pour la musique et le cinéma. Les détracteurs de la loi l’ont caricaturée grossièrement.

Ah non messieurs, là encore, la grossière caricature du pauvre producteur qui défend les gentils artistes devant les méchants internautes pédo violeurs nazi terroristes qui fabriquent des IP et des faux médicaments, c’est pas de nous 😉

Elle est pédagogique, préventive et dissuasive.

Elle est aussi répressive, contournable, anachronique, obsolète et inapplicable.

Elle est nécessaire et vitale, car elle fera comprendre au public qu’il ne faut pas mettre à la disposition de tous des œuvres que l’on n’a pas soi-même créées, au risque de ruiner leurs auteurs et tous ceux qui sont intervenus sur leur création. Ces 1 001 métiers de la musique méritent salaire !

Encore une fois nous vous proposons de VRAIS modèles de rémunération, vous n’en voulez pas, tant pis pour vous. Vous reviendrez pleurer, comme Monsieur Petitgirard, d’ici quelques mois… vous êtes dramatiquement prévisibles.

Une fois la loi votée, il sera plus que temps de construire les nouvelles bases des industries culturelles en France et en Europe en organisant dans six mois des Etats généraux de la création pour aborder sans tabou les questions laissées en suspens par la loi, notamment le financement de la création et de la production. Ce sera aussi l’occasion de dresser un premier bilan de son efficacité et d’éventuels effets pervers, d’ordre éthique notamment.

Ah en fait non, on ne va pas vous attendre quelques mois, le cul de la crémière est donc au programme de la saison 2 … dramatiquement prévisibles disais-je … donc répression des internautes + licence globale + taxe sur la copie privée … c’est quoi la saison 3, du pay per play sur SDcard ?

La licence globale telle qu’elle était conçue était légitime dans son principe, mais inapplicable et injuste. Elle aurait déterminé une fois pour toutes le prix de la musique en fonction d’un abonnement à Internet. Mais cette licence trop globale, qui était sortie par la porte, revient en force – par la fenêtre, sous forme de licences bilatérales conclues entre les majors et les fournisseurs d’accès. Ces accords sont la réplique exacte de la licence globale, car ils prévoient une rémunération forfaitaire pour l’utilisation des contenus.

Une licence « trop globale », des majors, des FAI (oh tien des FAI qui financent des productions cinématographiques), un « prix de la musique ». Je ne vois pas où vous voulez en venir … donc du coup vous arrêtez de produire les machins ronds en plastiques DRMisés, vous n’y croyez plus non plus ? … je croyais que Création et Internet allait relancer les ventes de CD, Pascal Nègre nous aurait menti ?.

Il est impératif que les artistes et les indépendants puissent bénéficier automatiquement desdits accords bilatéraux actuellement négociés par les majors. Un droit de licence serait incorporé aux droits d’auteur et aux droits voisins (droits des producteurs). Les artistes et les producteurs s’approprieraient ainsi le droit d’utilisation de leur création sur Internet. Un tel mécanisme permettrait d’assurer l’égalité des chances entre les majors et les indépendants, atténuant ainsi les effets de la concentration sur le Net.

Ça, les droits voisins, ils vont déguster un jour ou l’autre si vous ne prenez pas les devants des majors qui négocient dans votre dos avec les interlocuteurs qui devraient être les vôtres, c’est pas nouveaux, ça fait 15 ans qu’on vous le dit.

La reprise du marché suppose en effet l’existence et le développement, à côté des grands groupes de communication, d’un tissu de petites et moyennes entreprises culturelles indépendantes – acteurs incontournables de la diversité.

Non, la reprise dépend de ce que les artistes produisent, quand ACDC sort un album, on l’achète, quand Dany Boon fait un film, on va le voir… si vous faites du caca, l’internaute il achète pas (ou il achète, allez savoir pourquoi … le marché est irrationnel, celui de l’art l’est encore plus … c’est finit les années 80, faut tomber la permanente maintenant)… Concernant les « grands groupes » je ne partage pas non plus votre opinion, si vous attendez encore après eux c’est que vous êtes en train de creuser votre tombe. Ce qu’il manque c’est une offre accessible en terme de simplicité, de choix et de coût (les français ne roulent pas sur l’or en ce moment, la crise tout ça … ils achètent à manger avant d’acheter des disques, mais on vous expliquera ça un jour … ou vous le découvrirez, même si je ne vous le souhaite pas).

Le financement du droit de licence serait assuré par les FAI (fournisseurs d’accès à Internet), en prenant garde qu’il ne soit pas répercuté sur les internautes. Quant à son prix, il ferait l’objet d’une négociation entre les FAI, les producteurs et les artistes. Mais faute d’arbitrage des pouvoirs publics, les fournisseurs d’accès s’opposeront à toute nouvelle contribution financière s’ajoutant à la nouvelle taxe destinée à financer l’audiovisuel public (pour compenser la réduction des recettes publicitaires des chaînes publiques).

Ben voyons, dites donc là en fait vous allez nous faire croire dans votre prochaine tribune que vous avez inventé le mécénat global non ? Vous allez voir, nous allons tomber d’accord un jour ou l’autre, une fois que Création et Internet aura été le flop auquel elle est promise.

Comment sortir de cette impasse ? Existe-t-il un modèle « gagnant-gagnant » qui puisse satisfaire à la fois les fournisseurs d’accès, les opérateurs mobiles et les producteurs de contenus ?

Mais oui il existe ouvrez les yeux 🙂

En 1985, la filière musicale a su créer le consensus qui lui a permis de prospérer pendant vingt ans.

20 ans à se reposer sur ses lauriers, quel dommage …

A propos, Jack Lang est favorable à la loi Création et Internet…

C’est qui lui ? Ah le gars qu’on a vu une seule fois à l’Assemblée Nationale cette année, je me souviens de lui maintenant, il est heuuuuuu …. formidable ?.

/-)

2 réponses sur “HADOPI : Patrick Zelnik et Rémi Bouton, un point de vue comme un autre mais une piètre argumentation”

  1. La presse a déjà tendance à censurer mes commentaires, je les imagine mal venir me proposer de m’exprimer comme ils le font avec Messieurs Zelnik et Bouton.

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